RAPPORT DE LA CTC. Tour d’horizon d’ATN avec le boss Christian Vernaudon, pour qui la situation financièrement difficile de la compagnie est due à la crise touristique internationale et à la flambée des cours du kérosène. Il détaille les mesures prises par la compagnie depuis la lecture du document de la CTC et envisage un retour à l’équilibre en 2010, car pour 2009 c’est déjà 2,5 milliards de Fcfp de pertes estimées.
L’ESSENTIEL
- Rationalisation des programmes de vols, contraction des effectifs et alliance internationale ont été décidées par ATN suite aux recommandations de la CTC
- Toutefois, la compagnie est restée déficitaire en 2008 (5,3 milliards de Fcfp) et devrait le rester en 2009 avec une estimation de pertes évaluée à 2,5 milliards
- Le PCA Vernaudon estime que 2010 pourrait voir l’émergence d’un budget à l’équilibre
Quelle est la situation financière actuelle et à venir de la compagnie ?
“Air Tahiti Nui, comme la grande majorité des compagnies aériennes dans le monde, a enregistré une année 2008 très déficitaire puisqu’on s’achemine vers une perte de 5,3 milliards de Fcfp pour un chiffre d’affaires de 30 milliards. Il y a deux causes à l’ampleur de ce déficit. D’abord le carburant puisque notre facture de pétrole qui était de 11 milliards de Fcfp en 2007 a été de plus de 15 milliards en 2008. La deuxième cause de déficit en 2008, c’est la baisse de notre chiffre d’affaires qui elle-même est la conséquence de la baisse du trafic touristique.”
Il y a quelques mois, lors de la présentation à la présidence de la nouvelle stratégie, vous aviez annoncé l’achat de carburant en prévision d’une continuité de la hausse des cours. Or on sait maintenant que les cours se sont peu après effondrés.
“Effectivement au mois de septembre 2008, le conseil d’administration d’ATN avait validé à l’unanimité le principe d’acheter une partie de notre consommation 2009 et 2010 par anticipation, à des cours prédéterminés, puisque à l’époque tout le monde parlait d’un risque de baril jusqu’à 200 dollars et on était déjà monté à plus de 140 dollars.”
L’opération a alourdi le déficit.
“Effectivement parce que la chute des cours a été tellement importante et violente qu’on est passé à un cours réel très inférieur au cours auquel on avait acheté une partie de notre consommation.”
Au cours de la séance qui s’ouvre demain à l’assemblée, les représentants vont débattre du rapport de la CTC. Après la parution de ce document, des mesures concrètes ontelles déjà été prises ?
“La première c’est la rationalisation du programme de vols. L’une des premières conclusions était qu’Air Tahiti Nui entretenait des routes structurelles déficitaires qui lui coûtaient très chers : Sydney, New York et aussi Osaka que la CTC n’a pas signalé. Osaka est une route qui en 2007/2008 coûtait encore plus cher à ATN que New York et Sydney. Donc première décision entérinée par le CA en fin d’année 2008 et en janvier 2009, la suppression totale des routes de Sydney, New York et Osaka. Il n’y a plus de vols ni sur New York, ni sur Osaka depuis novembre, et il n’y a plus de vols sur Sydney depuis le 1er avril. Ensuite la CTC avait mentionné que la compagnie était surdimensionnée, globalement en volume d’heures de vols et en effectifs (de 880 en 2008 à 800 cette année) dans certains secteurs, notamment celui des PNC. Il y a eu des réductions des volumes d‘heures de vols puisqu’on sera passé de 23 000 heures de vol en 2008 à environ 18 000 heures de vol.”
La CTC pointe également du doigt le fait que le transporteur ne fait pas partie des grandes alliances, notamment via des code share. Qu’en est il ?
“Tout à fait. Depuis six mois, ATN a relancé les discussions pour augmenter ses opérations de travail en commun et d’alliances. Tous nos vols Sydney/Papeete existent mais dans le cadre d’un code share au départ de villes australiennes où nous travaillons avec Qantas entre l’Australie et Auckland et ensuite Air Tahiti Nui prend le relais jusqu’à Tahiti. Nous avons également des accords commerciaux avec Air New Zealand sur des routes Papeete/Auckland, sur le Los Angeles/Papeete. Nous sommes également dans un processus de développement d’accord concernant des marchés européens avec Air France dans un contexte où la compagnie a accordé à Air Tahiti Nui des pré-acheminements des villes européennes. Nous travaillons aussi avec Air France pour offrir en haute saison plus de capacité entre Paris et Papeete lorsqu’il y a saturation. D’où le vol que nous allons lancer en commun à compter du 17 juin qui sera combiné de la manière suivante : Papeete/Los Angeles sur Air Tahiti Nui connecté à un vol Air France Los Angeles/Paris le mercredi… Et puis avec l’accord d’Air France nous sommes en train de développer des accords de coopération avec Delta qui vient de fusionner avec Northwest pour travailler notamment sur tous les pré-acheminements des villes américaines sur Los Angeles.”
Ces actions seront-elles suffisantes pour qu’enfin Air Tahiti Nui affiche des résultats positifs ?
“C’est notre objectif. Malheureusement en 2009, on ne peut pas encore envisager être à l’équilibre, on a un budget de 2,5 milliards de Fcfp de pertes. On a une très forte érosion du chiffre d’affaires dûe à la crise touristique puisqu’on table sur un chiffre d’affaires 2009 de l’ordre de 25 milliards de Fcfp, contre 31 milliards l’année dernière. Cette chute provient de la baisse des trafics mais également de nos tarifs moyens parce que les surcharges carburants sont en train de rebaisser et on prévoit en moyenne sur l’année une division par deux de cette surcharge.”
Le dossier a pris une ampleur politique depuis les déclarations de Gaston Flosse souhaitant que vous veniez vous expliquer à l’assemblée sur de supposés problèmes de sécurité qui auraient été dévoilés par une lettre signée de trois commandants de bord. Où en est l’affaire ?
“La procédure suit son court au niveau de la justice. Nous avons déposé une plainte contre X pour diffamation.”
Si ATN n’est plus là demain ce sera la catastrophe totale, absolue
Que vous inspirent ces déclarations du sénateur ?
“Je trouve que c’est particulièrement malheureux pour la compagnie Air Tahiti Nui de se voir très injustement mise en cause sur un domaine aussi sensible et puis c’est une cause de préjudice majeur pour notre groupe. C’était totalement anormal de proférer des accusations que nous qualifions de gratuites. ATN subit très régulièrement des audits non seulement de l’aviation civile mais également d’instances indépendantes. On a été la première compagnie aérienne du Pacifique à avoir la certification IOSA, norme ISO 9001, qui est la reconnaissance que des processus de gestion de la sécurité sont faits de la manière la plus sérieuse possible. Par ailleurs, on vient de recevoir les résultats de l’enquête annuelle et pour la 7e année consécutive on a été classé comme la meilleure compagnie du Pacifique sud, tous critères confondus.”
À la lecture du rapport de la CTC toutefois, on a tendance à penser que la création d’ATN n’était pas d’une utilité criante.
“Je m’inscris en faux total contre cette vision des choses. On peut démontrer dix ans après qu’Air Tahiti Nui a un bilan au niveau macroéconomique qui est extrêmement intéressant. ATN a permis de créer plus 800 emplois à haute valeur ajoutée qui fait qu’elle est le 2e employeur de Polynésie.”
Ça semble toutefois artificiel…
“Ce n’est pas du tout artificiel. Ce sont de vrais emplois, des vrais salaires, des vrais cotisations à la CPS… En l’espace de dix ans, ATN a versé 4,5 milliards de Fcfp de cotisations à la caisse.” Oui mais c’est le Pays qui est toujours intervenu. “Le Pays est intervenu effectivement pour combler les pertes des trois dernières années. Mais si on fait le bilan de l’apport du Pays, sur les 30 milliards de Fcfp (total des aides publiques, ndlr), pour près de 17 milliards ce n’est pas le Pays c’est la défiscalisation (l’État, ndlr). Ces 17 milliards ont permis d’acheter des Airbus alors qu’il y a eu 40 milliards de défiscalisation pour des paquebots de croisière qui ne sont plus en Polynésie, il ne reste que le Gauguin. Les Airbus et les employés eux sont toujours en Polynésie. Maintenant, sur les 13 milliards apportés par le Pays, 8 ont été apportés en capital pas en subventions. En subventions réelles, en subventions d’exploitation, au cours des dix dernières années, le Pays a versé 1,2 milliard de Fcfp sur 186 milliards de chiffre d’affaires. Donc rapporté au chiffre d’affaires la subvention d’exploitation dont a bénéficié en dix ans ATN c’est moins de 1%…ATN c’est 800 personnes qui travaillent, qui font vivre 800 familles, il y a des milliards de Fcfp de cotisation à la CPS, il y a 73% des touristes qui sont acheminés par ATN et si la compagnie n’est plus là demain ce sera la catastrophe totale, absolue.”
Ça n’empêche pas que la compagnie est en déficit.
“Avez-vous vu les résultats des grandes compagnies aériennes ? Thai a perdu un milliard de dollars en 2008, Cathay Pacific a perdu pour sa part un milliard d’euros, Japan Airlines vient de solliciter au gouvernement japonais pour ne pas tomber en faillite 200 milliards de yen… Air Tahiti Nui a les moyens de revenir à l’équilibre en 2010.”
Propos recueillis par PL
Lire aussi :
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :
|
Quant aux 5 Airbus qui se trouvent actuellement en Polynésie, il faudrait pouvoir les vendre (après les 5 années de défisc) afin de rembourser le Territoire... il s'agit donc d'actifs tout à fait artificiels.
Justifier les pertes d'ATN par le contexte international démontre bien l'absence totale d'auto-analyse de la direction de cette entreprise.
Les arguments de C. VERNAUDON sont donc très légers pour justifier les pertes, (qui ne datent pas de 2008...) et entretenir ce gouffre qu'est ATN et conserver sa place...