ASSEMBLÉE. Atterrissage forcé d'ATN et de ses déficits dans l'hémicycle avec au compteur 5,3 milliards de Fcfp de pertes pour 2008. Les représentants, appelés à débattre demain sur le rapport de la CTC relatif à la gestion de la compagnie, devraient s'interroger sur la chronicité des pertes et revenir sur l’affaire de la lettre du sénateur.
@ (rapport complet de la CTC dans l'article)
L’ESSENTIEL
- Les représentants s'exprimeront demain sur la situation d'ATN au regard du rapport de la chambre territoriale des comptes
- La juridiction financière pointe du doigt notamment l'interventionnisme du Pays
- “Cette attitude de la Polynésie française ne semble plus tenable d’autant que sur les résultats escomptés bien peu sont au rendez-vous”, notait la CTC
C’est un débat politico-économique qui va s'ouvrir demain à l'assemblée. Car en choisissant d'inscrire à l'ordre du jour le débat sur le rapport de la Chambre territoriale des comptes (CTC) relatif à la gestion d'Air Tahiti Nui de 1996 à 2007, les présidents de groupe vont permettre le déballage d'un dossier qui, à maintes reprises, a défrayé la chronique. Un dossier qui avait d'ailleurs permis à Oscar Temaru, le 28 mars dernier, et en pleine séance de la session extraordinaire, de rebondir et de sceller publiquement la rupture avec Gaston Flosse (lire encadré). Mais le fond de l'affaire demeure les 31,5 milliards de Fcfp qu'a reçus la compagnie depuis sa création en aides publiques, dont 17 milliards au titre de la participation de l'État notamment via la défiscalisation, le reste émanant du Pays. Des aides justifiables et justifiées selon le PCA, Christian Vernaudon (lire interview p7). Et le rapport de la juridiction financière ne manquera pas d'alimenter les propos des représentants, car la chambre n'est pas du genre à policer ses propos. Aperçu : “ATN est dans une situation financière et patrimoniale des plus précaires et ne survit que grâce au soutien public de la collectivité d’outre-mer qui s’est jusqu’à présent maintenu au mépris des règles juridiques encadrant l’interventionnisme économique”.
Déjà ça plante un décor peu glorieux. Et quand la CTC préconise à mots à peine couverts l'arrêt de telle pratique, le tableau se noircit davantage. “Cette attitude de la Polynésie française ne semble plus tenable d’autant que sur les résultats escomptés, bien peu sont au rendez-vous : le tourisme n’a pas été dynamisé et ATN est très loin de l’équilibre”, souligne-telle. Car tels étaient les deux objectifs de la compagnie, loin d'être toujours atteints aujourd'hui. Des touristes, il en avait été prédis dans la tranche basse des prévisions : 350 000 en 2005 avec une généreuse croissance de 30 000 annuellement. C'était à l'époque une quasi certitude et les milliards publics allaient permettre d'atteindre cet objectif. La CTC met en lumière d'ailleurs les propos de Gaston Flosse alors au sommet de son règne : “Nous sommes tous convaincus que nous ne finançons pas un déficit mais un investissement qui nous rapporte déjà 7milliards de Fcfp par an et qui nous rapportera encore plus chaque année”. Sauf que pour l'heure on finance toujours un déficit…
La CTC a relevé que “le nombre de touristes transportés depuis 2001, rapporté aux pertes d'exploitation d'ATN, met aussi en évidence la hausse progressive du coût du touriste transporté pour le budget public”. Étonnant pour un pays à vocation touristique, mais logique puisque “depuis la création d'ATN, l'équilibre des comptes n'a jamais réellement existé, l'exploitation ayant été déficitaire contrairement aux prévisions”. La chambre territoriale des comptes a aussi pointé dans son rapport quelques “erreurs stratégiques majeures” qui “ont contrarié le développement d'Air Tahiti Nui”. D'abord, une croissance “trop rapide” qui n'est pas allée de pair avec “une adaptation de ses méthodes de management et de gestion, ni par une révision de son organisation”. Ensuite “l'erreur” peut-être la plus connue : les ouvertures des lignes Sydney et New York qui “se sont révélées désastreuses”. Pour la chambre, “ces lignes se sont rapidement avérées être des gouffres financiers : en 2006, la pertemensuelle sur la ligne de New York atteignait 150 millions de Fcfp. Cette crise structurelle a en outre été aggravée par la forte hausse du prix du kérosène à partir de 2004, contre laquelle la société n’a pas su se protéger efficacement”.
C'est donc une opération à coeur ouvert qui va être entreprise demain. Une opération d'une société mais aussi de toute une époque, celle des grands projets flossiens, celle de l'époque où l'argent coulait à flot, mais la réalité a visiblement refait brutalement surface.
PL

L’éclairage
ATN,Oscar et Gaston...
Alors que la veille de cette séance à l'assemblée, Oscar Temaru avait déjà décoché ses premières flèches en direction de Gaston Flosse accusé de vouloir casser la majorité, le 28 mars dernier, le président du Pays avait remis une seconde couche, histoire de clôturer le chapitre de la rupture. Le sénateur avait dévoilé que trois commandants de bord lui avaient fait parvenir une lettre dans laquelle ils mettaient en cause la gestion de la compagnie mais plus grave encore, la sécurité. Et le sénateur de demander la convocation du PCA, Christian Vernaudon, pour qu'il s'explique et d’annoncer une proposition de création d'une commission d'enquête, proposition qui d'ailleurs n'a pas atteint le stade de la commission en charge des transports qui aurait du l'étudier.
La réponse d'Oscar Temaru ne s'était pas faite attendre. Fixant le sénateur dans les yeux, le président du Pays avait décoché un direct “ Je crois qu'il y en a qui font preuve d'irresponsabilité !” Le président du Pays s'était ouvertement étonné que le sénateur ne l'ait pas averti de ces soi-disant problèmes de sécurité estimant au passage “qu'il y a derrière tout ça une volonté d'humilier quelqu'un en me demandant de le faire venir ici, s'expliquer devant les élus sur la situation de ces appareils”.
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Merci Les Nouvelles.